La nuit noire de l'âme

Toujours cette peur au ventre quand je me réveille.

Dès que j'ouvre les yeux.

Dès que l'histoire se remet en place.

J'ai remarqué.

Quand je me réveille, ce court instant de paix. Mais tellement fugace que je n'arrive pas à le saisir.

A peine à en avoir conscience.

Et puis.. c'est comme une vague qui déferle. L'angoisse qui monte, qui me vrille les entrailles, laboure ma poitrine, écrase ma gorge.

La souffrance est telle que je sens mon esprit qui pourrait.. lâcher.

Nijinski parle de cette souffrance. Je suis sûre que c'est la même.

Une souffrance de l'âme. Une torture qui ne finit jamais.

Chaque jour que Dieu fait, mon âme connaît la torture.

Je ne comprends pas le sens de cela.

Par contre, je sens l'apaisement quand je la couche sur le papier.

 

Et lui. Lui qui a été mon ami.

Je lui ai écrit, je lui ai raconté mon histoire avec Nijinski. Et après j'ai fui.

Parce que je sais comme j'appréhende sa réponse.

Je sais comme j'appréhende son regard, son jugement, ses sarcasmes même parfois.

Mon être tout entier le craint. Comme la peste.

Comme si.. le regard de l'autre pouvait m'anéantir.

Les mots qui tuent. Les mots qui peuvent tuer. J'ai lu ça quelque part.

Mais comment peut-on se laisser atteindre ainsi par des mots ?

C'est ça qui m'intéresse.

Que les mots fasse violence, c'est sûr.

Mais qu'est-ce qui, en moi, est si vulnérable à cette violence ?

 

Peut-être que le plus sage serait de reconnaître et d'accueillir simplement que je suis vulnérable.

Et d'éviter celui ou celle qui vient frapper, avec toute la force de son inconscience, sur mes blessures.

Oui mais alors.. alors je me sens vide. De tout.

Je suis comme le papillon attiré par la lumière, et qui va s'y brûler les ailes.

La lumière de ces êtres solaires, solides, puissants.. et odieux.

 

En fait, je me trompe de lumière

Je cherche la lumière que je n'ai pas

Je cherche la lumière que je crois ne pas avoir.

Moi la peureuse, la fragile

Moi, celle qui se sent tellement seule, et perdue

Celle que le monde est toujours venu fracasser. Le monde avec sa violence, avec ses excès, avec sa folie.

 

Et là, me vient l'idée de publier ces écrits. Déjà.

Je n'ai jamais pu me contenter d'un dialogue avec moi-même. Tellement besoin du regard de l'autre. Désespérément.

Besoin du regard de l'autre pour savoir que j'existe. Je vendrais mon âme pour être regardée.

 

Je n'ai pas encore trouvé le bouton de ma propre lumière.

Je ne m'illumine qu'au soleil

Je suis un être de la lune.

Gris, froid et immobile. Incapable de rayonner par lui-même.

Dans l'attente de l'étoile pour resplendir dans le ciel.

 

J'ai toujours voulu écrire et je n'y arrivais pas, ou si peu.

J'aime ces pages couvertes de lignes. C'est comme un trésor.

J'aime les regarder, les toucher, les relire. Ecrire m'apaise.

 

Je voudrais savoir pourquoi l'écriture n'a pas pu sauver Nijinski.

Il devient tellement plus cohérent au fil des pages.

Le début des cahiers est assourdissant, insupportable.

Mais au fil des pages... on commence à l'entrevoir.. il revient

Pourquoi a-t-il basculé ?