Se protéger

Sensibilité exacerbée aux ressentis d'autrui, aux lieux, aux ambiances.. empathie, manque d'ancrage, tendance à se décentrer, à se laisser envahir par des énergies extérieures à soi, difficulté à reconnaître et à poser ses limites, vulnérabilité etc.

telles sont les difficultés du "terrain médiumnique".

 

La première recommandation qu'on fait donc à quelqu'un qui développe sa médiumnité, c'est de se protéger.

Le tout étant de savoir comment.

On entend souvent qu'il faut se mettre dans une bulle ou un anneau de lumière blanche,.. ou tout simplement demander la protection

et c'est vrai que ces intentions peuvent être très puissantes et très efficaces.

Mais il est difficile, même pour des énergies puissantes..  de protéger quelqu'un contre lui-même.

C'est à ce sujet qu'il m'est venu une image ce matin pendant la méditation.

 

J'imagine que je vis dans une région en guerre. J'habite une ville régulièrement bombardée, la ligne de front est à 500 mètres au nord, à l'est et à l'ouest, et au sud il reste une zone libre et protégée des combats avec quelques  villages, des forêts, et des champs.

Le but du jeu est de rester en vie et donc, de me protéger.

 

Quand on se retrouve dans une telle situation, on se protège avant tout avec du bon sens:

je ne m'approche pas de la ligne de front,

si je suis en ville alors que la sirène annonce l'approche des bombardiers, je cours me mettre à l'abri,

quand je le peux, je me réfugie en zone libre pour aller chercher quelques produits de la ferme, me promener et me sentir pour un temps en sécurité,

je peux même partir habiter quelque temps chez un cousin accueillant du sud.

 

En résumé, je sais ce qui est dangereux - ou pas, pour moi,

j'évite toute situation qui met ma vie en péril,

et je privilégie les actes qui assurent ma survie, voire me font du bien.

 

La première protection à mettre en place serait donc celle-là:

Identifier ce qui me fait mal ou ce qui n'affaiblit, les relations qui me blessent, qui me font perdre confiance en moi.. les lieux dans lesquels je ne me sens pas bien etc.

Et je commence à essayer, dans la mesure du possible, de ne pas me mettre moi-même, dans une situation difficile.

Ou alors,  si je n'arrive pas à m'extraire de l'obligation de me mettre dans cette situation, au minimum je le fais avec conscience.

 

Se protéger, ce serait donc - entre autres - essayer d'arrêter de penser aux autres avant de penser à soi, regarder ses besoins et ses limites en toute sincérité, faire passer Sa vérité avant sa gentillesse (surtout qu'avec un peu d'entraînement, on peut énoncer sa vérité gentiment, en toute simplicité).

Ou alors.. privilégier sa gentillesse et/ou son besoin de venir en aide si c'est important, mais avec la conscience de l'effort qu'on se demande à soi-même.

 

Parce que si on force sa nature et ses valeurs (ou sa fatigue, son moral, ses limites,..) pour faire quelque chose, aller quelque part, rencontrer quelqu'un.. et si en plus on le fait en "pilotage automatique", c'est à dire sans conscience de ce qu'on s'impose, à soi et à son corps,

on se fragilise, les brèches s'ouvrent..

Et demander à la lumière blanche de nous protéger dans ce cas, c'est comme demander à quelques valeureux chevaliers de protéger un château dont les multiples pont-levis sont baissés et les portes grande ouvertes.

Ca peut marcher, mais c'est une belle gageure.

 

Et dans ce cas, on peut se dire alors.. que demander la protection ça ne marche pas, ou alors qu'on ne sait pas la demander, qu'on ne sait pas s'y prendre, qu'on a pas assez la foi..

Mais en même temps.. et si c'était tout simplement la vie qui s'exprime et qui nous traverse ?

ce qu'on pourrait appeler.. l'affectueuse fermeté de la Vie.

 

Ca me rappelle ce dialogue du "Monde de Némo" entre Marin, le père de Némo, et Dory (mon maître spirituel !!).

Pour situer le contexte, Némo a disparu et son père, qui s'était promis de le protéger contre vent et marées, est effondré.

 

Marin: Je lui avais promis que jamais je ne laisserais quoi que se soit lui arriver .

Dory: Mmm. C'est une drôle de chose à promettre !

Marin: ?

Dory: Ben, si tu ne laisses jamais rien lui arriver, à ce gamin, il va rien lui arriver jamais alors ?

C'est pas drôle pour ce pauvre Arpo ?! (Dory a des problèmes de mémoire.. elle parle bien de Némo - bref).

 

Si nous étions protégés en permanence, même quand nous nous fourvoyons, même quand nous sommes dans le déni ou dans l'ignorance de nos propres besoins, même quand nous.. manquons la cible. Qu'apprendrions-nous ? Quelle expérience de la vie aurions nous ?

 

Si nous étions protégés de nos propres erreurs, de nos peurs, de nos projections, de nos croyances..

si nous étions protégés même quand nous manquons la cible

Quelle expérience de nous-même ferions nous ?

 

"En grec, le mot hamartia (= le péché) signifie « viser une cible et tomber à côté » : être en état de péché, c’est être à côté de son axe, viser à côté de la cible, c’est être dans un désir désorienté : avoir perdu l’orientation du Logos (= le Verbe, la Vie) vers la lumière. Être en état de péché, c’est avoir perdu en nous l’orientation de l’intelligence du cœur de toutes nos forces vitales, pulsionnelles vers la connaissance de cette lumière qui est à l’Origine.
La thérapie consistera à nous faire revenir dans notre axe. Lorsque nous sommes désaxés, nous avons perdu notre arbre de vie, notre centre vital, notre orientation" Jean-Yves Leloup