De méditer pour vivre

                                                                                    à je vis.. donc je médite ^^

 

La méditation

on en entend tellement parler depuis quelque temps, que ce soit dans les magazines, à la radio, à la télévision, sur internet...

Mais qu'est-ce que c'est réellement, que la méditation ?

 

La méditation pourrait se résumer ainsi:  une attention bienveillante à ce qui est

ou une présence bienveillante à ce qui est, à ce qui se manifeste,

que ce soit à l'intérieur ou à l'extérieur de nous.

 

Les deux mots sont importants: l'attention (ou la présence) et la bienveillance.

 

 

L'attention

Méditer, c'est apprendre à poser son attention sur ce qui se passe, ici et maintenant.

A être présent à ce qui se passe, ici et maintenant.

 

L'objet de l'attention n'a aucune importance, et c'est pourquoi il existe tant de formes de méditation.

En fait, il y a autant de méditations qu'il y a d'objets sur lesquels poser son attention.

 

Certaines méditations invitent à poser l'attention

(= à être présent à, ou à être conscient de)

sur la respiration, sur les sensations corporelles, sur la lumière d'une bougie, sur un son ou une musique etc.

 

Certaines méditations sont guidées, certaines sont dynamiques (en mouvement), d'autres se pratiquent immobiles..

La méditation de pleine conscience, celle dont on entend le plus parler à l'heure actuelle, invite à poser son attention sur tout ce qui se manifeste: notre respiration, nos sensations corporelles, les bruits, les odeurs, les sons.. et bien sûr, nos pensées.

 

Car la méditation n'a jamais été un moyen de se débarrasser de ces pensées qui encombrent notre tête, et n'est certainement pas promesse de paix intérieure. Quand on médite, on est avant tout confronté au chaos mental dans notre tête !

 

Le calme intérieur n'est pas le but de la méditation, on ne cherche pas à atteindre cet état de grâce, on ne cherche pas à calmer ses pensées. Car à partir du moment où on recherche quelque chose, on essaie de modifier sa réalité, de la contrôler..

.. ce qui est tout le contraire de la méditation, cette ouverture à la réalité, cet accueil de ce qui est là, sans contrôle de notre part, sans jugement.

 

On s'exerce simplement, avec persévérance, à revenir à chaque instant à cette réalité en utilisant des points d'ancrage comme la respiration, les sensations etc., et on laisse les pensées continuer leur chemin, sans s'y accrocher.

La paix intérieure vient avec la pratique et surtout.. elle vient avec la conscience de plus en plus affinée, et l'acceptation tranquille et bienveillante, de cette agitation en nous, et de qui nous sommes, en vérité.

 

La méditation pleine conscience ouvre royalement la voie au "vivre l'ici et maintenant", puisqu'elle ne demande rien d'autre que d'être la où nous sommes. Pas besoin de s'asseoir en bretzel.. on peut méditer en faisant la cuisine, en pliant le linge.. il suffit juste d'être présent à ce qui est là, tellement vivant, à notre portée: l'odeur des légumes, leur texture, la sensation du couteau dans la main, le bruit de la lame qui tranche.. la douceur du coton d'un tee-shirt.. mais aussi et surtout à ce qui se passe en nous, notre respiration.. et nos pensées, sensations corporelles, émotions etc. etc.

 

La bienveillance

C'est la deuxième condition de la méditation, aussi importante que la première.

Développer, s'offrir le cadeau d'être bienveillant avec soi-même.

 

Les neurosciences sont formelles: notre cerveau supérieur, celui qui apprend, qui évalue, qui réfléchit, celui qui fait preuve de discernement, qui se concentre, qui raisonne, qui comprend,  celui également qui est créatif, enthousiaste, empathique..  ce cerveau là donc, perd énormément de ses capacités sous la contrainte, le jugement, la condamnation, l'inquiétude, le stress, la peur de l'échec...

Et souvent nous sommes nous-même, nos premiers bourreaux.

 

La méditation invite à la bienveillance.

On a passé les 10 minutes consacrées à la méditation matinale complètement perdu dans notre tête à penser à demain ou à ruminer sur hier ? Et bien soit ! Si on s'en rend compte... c'est déjà une belle esquisse de conscience.

 

 

 

Et pourquoi méditer, que diable ???

Celui qui a offert l'art de la méditation au monde, le Bouddha, cherchait à mettre fin à la souffrance de la vie terrestre.

Le prince Siddhartha est devenu le Bouddha quand il s'est "éveillé", c'est à dire quand il a pu voir le monde et lui-même tel qu'ils étaient en vérité.

 

Il est difficile, voire impossible de mettre des mots sur cette expérience de l'éveil,

car elle se situe au-delà de ce qu'on peut en comprendre avec notre raison.

Mais en tout cas, une chose revient sans cesse dans les discours de ceux qui ont réalisé cet état en eux:

Nous ne voyons pas le monde tel qu'il est réellement.

Nous le pensons.

 

Nous voyons le monde et nous-même à travers le filtre de notre mental,

cette chose qui n'arrête pas de bavarder dans notre tête,

cette chose qui pense, évalue, juge, imagine, apprécie, construit des histoires, des scénarios, pose des questions, cherche des réponses..

 

Et surtout, la plupart du temps (les éveillés diraient tout le temps !), ce ne sont pas les situations ou les personnes  qui nous font souffrir mais les représentations que l'on s'en fait, les pensées qu'on entretient à leur sujet.

 

Car les pensées ne sont jamais neutres. Elles se nourrissent et se colorent de toutes nos expériences, et en particulier de nos expériences douloureuses car le cerveau est ainsi fait qu'en priorité il cherche à identifier les problèmes et les dangers potentiels pour pouvoir nous en protéger, et assurer notre survie (la nôtre, et celle de notre entourage).

 

Pour comprendre l'importance des pensées et la façon dont elles déforment la réalité on peut par exemple regarder cette vidéo.

La vieille femme qui se déplace avec difficulté demande à faire quelques pas avec un jeune danseur. Dans ce cas, il s'agit d'une supercherie: cette femme est en fait en pleine forme et de mèche avec l'artiste de rue.

Mais c'est intéressant de voir les réactions des témoins de cette scène: on voit très bien sur leurs visages ce qu'ils en imaginent, la façon dont ils se représentent cette scène, cette vieille femme, cet artiste de rue.. en particulier au début.

 

Avec la méditation, on apprend à regarder le monde tel qu'il est, et surtout nous-mêmes tels que nous sommes.

On apprend à voir comment on fonctionne, comment les pensées nous emportent, comment ce qu'on pense des autres nous leurre, et comment ce qu'on pense de nous-mêmes et de la vie nous fait souffrir. On constate qu'on se torture avec des évènements passés, qu'on s'inquiète avec des évènements futurs qui n'ont - dans le moment présent - absolument aucune réalité.

Qu'on se met la pression uniquement parce qu'on croit que telle ou telle chose est importante.

 

En vérité, nous ne savons rien des autres et de ce qui les anime, ou si peu.

Et nous ne savons rien du monde et de ce qui va s'y passer.

Tout est possible, tout peut arriver.

 

Dans le film "Into the woods", une des héroïnes, mariée à un boulanger, croise un prince charmant dans les bois (ben tiens).

Elle est jeune, elle est belle... ils finissent par échanger un baiser.

S'en suit une scène hallucinante, mais qui reflète tellement ce qui se passe dans nos têtes

ou pendant quelques minutes elle se demande ce qu'elle va faire de sa vie désormais

quitter son mari  ? partir vivre avec le prince ?

oui mais alors son mari va souffrir

mais elle, qui voudrait tellement être libre, et.. mon dieu

si le prince l'aimait vraiment ?

et ses enfants ? avec qui vont-ils aller vivre ?

avec elle et le prince?

avec son mari ?

non, elle ne peut pas s'installer avec le prince tout de suite, il va falloir trouver une maison etc. etc.

 

et trois minutes plus tard, elle glisse, tombe du haut d'une falaise, et se tue.

 

Tout peut arriver. On peut mourir demain, ou là, maintenant.

 

Avec la méditation, on apprend à vivre avec ce qui est là, à chaque instant.

A l'intérieur et à l'extérieur de nous.

On apprend à vivre notre Vie au lieu de la penser, au lieu d'en avoir peur, au lieu de la juger, de chercher à la fuir.

Et cela, quel que soit notre âge, quelle que soit notre position sociale, quel que soit notre sexe,

notre couleur de peau...

 

Les animaux sont un bel exemple de cette vie qui traverse et qui se manifeste à travers eux.

Quand un animal perd un membre par exemple, il ne s'effondre pas en se disant que sa vie est finie.

Il a mal, il souffre, il récupère, il se soigne.. et dès qu'il peut il se remet à marcher, sur trois pattes.

Notre expérience est différente et plus difficile  car nous avons un cerveau qui fonctionne différemment.

La conscience de la perte, et l'anticipation d'une vie avec cette perte sont inévitables.

Mais il est important de prendre conscience de la souffrance que ces pensées rajoutent à la souffrance qui est déjà là.

 

La méditation, c'est un chemin à parcourir, jamais un but à atteindre.

Il n'y a nulle part où aller, personne à être ou à devenir

Juste à être là où nous sommes, le plus souvent possible

Juste à accueillir ce qui est là

En fait méditer, c'est apprendre à être vivant

tout simplement.